Texte "hero"

L'Association Jean-Jacques

Rousseau

Neuchâtel

Chapô

Auteur d'envergure européenne, Jean-Jacques Rousseau a laissé une empreinte profonde dans le patrimoine culturel neuchâtelois. L'Association entretient la mémoire de son séjour à Môtiers et de son œuvre littéraire, philosophique, botanique et musicale.

Présentation
Chapô

L'Association Jean-Jacques Rousseau forme un trait d'union entre le public et les milieux universitaires, patrimoniaux et culturels. Elle contribue à l'acquisition de manuscrits, publie un bulletin scientifique, gère et anime un musée, organise des conférences et des excursions.

Contenu

Le séjour de Rousseau à Môtiers (1762-1765) marque un tournant dans la trajectoire du célèbre écrivain. Après la condamnation d'Émile et du Contrat social, l'auteur réfugié dans la Principauté de Neuchâtel aspire à renoncer à une carrière qui lui a causé trop de malheurs. C'est toutefois à Môtiers qu'il rédige les Lettres écrites de la montagne, ouvrage qui soulève de nouvelles polémiques, et un Projet de constitution pour la Corse, tout en entretenant une vaste correspondance. Rousseau y est promu communier de Couvet, ayant renoncé à sa citoyenneté genevoise.

Cette période est aussi celle d'un virage introspectif. Rousseau commence la rédaction, jusqu'au livre 4, de ses mémoires qui deviendront Les Confessions. Dans les montagnes neuchâteloises, il se découvre une passion pour la botanique qui l'accompagnera jusqu'à sa mort à Ermenonville en 1778.

La présence de Rousseau à Môtiers y attire de nombreux visiteurs. Après la mort du philosophe, des pèlerins continuent d'affluer dans ce village où Rousseau a goûté aux joies de l'amitié et au calme de la retraite, mais où sa présence et ses écrits ont aussi causé des troubles auprès de la Vénérable Classe des pasteurs et de la population.

Le souvenir de Rousseau contribue toujours au rayonnement culturel et touristique du Val-de-Travers et du canton de Neuchâtel. L'Association Jean-Jacques Rousseau s'est donné pour mission de cultiver cette mémoire et de diffuser les œuvres et la pensée de Rousseau à l'échelle régionale et internationale.

Histoire
Chapô

Depuis sa fondation en 1956, l'Association a progressivement diversifié et intensifié ses activités par l'animation d'un Musée, la publication d'un Bulletin et l'organisation de nombreux événements. Elle n'a pourtant jamais perdu de vue sa mission première : l'enrichissement du fonds Rousseau de la Bibliothèque publique de Neuchâtel.

Contenu

Première décennie : fondation et premières grandes acquisitions

En 1956 Claire Rosselet, directrice de la Bibliothèque de la Ville de Neuchâtel, décide des amis, professeurs et usagers de l'institution à se grouper afin d'apporter un soutien à l'acquisition de documents rousseauistes. Elle est préoccupée par le manque de moyens financiers pour compléter le fonds de manuscrits laissés par Rousseau dans le pays après son départ de Môtiers en septembre 1765, conservés précieusement par son ami Pierre-Alexandre DuPeyrou et remis à la Bibliothèque publique de Neuchâtel par les exécuteurs testamentaires de ce dernier, en 1795. Ce groupe crée l'Association des amis de la collection des manuscrits de Jean-Jacques Rousseau conservés à la Bibliothèque de la Ville de Neuchâtel. Le titre est explicite, mais bien encombrant !

Le but de la modeste société est de trouver des fonds pour acheter des manuscrits réapparaissant dans les ventes aux enchères, principalement ceux qui compléteraient les divers lots du Fonds Rousseau. Achetés par l'association seule, ou en collaboration avec la Bibliothèque, ils seront déposés dans le fonds Jean-Jacques Rousseau de cette dernière. De plus, des expositions seront organisées pour intéresser le public à cette collection peu connue à cette date. « L'Année Rousseau » (1962) commémorant le 250e anniversaire de la naissance de l'écrivain et le 200e de son installation à Môtiers est l'occasion d'une importante présentation de manuscrits, éditions et documents iconographiques à Neuchâtel.

L'appui du groupe d'amis prouve son efficacité, puisque la Bibliothèque voit sa collection augmenter de quelque quarante-cinq manuscrits entre 1956 et 1967, des lettres principalement, plus un fragment du Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (copie corrigée par Rousseau), quarante-quatre pages des archives Dupin et un brouillon intitulé « De la Patrie ».

Deuxième décennie : création du Musée de Môtiers et nouvel élan

L'Association développe ses activités en se voyant confier par l'État le logis occupé par Rousseau à Môtiers (1762-1765) pour y installer un musée consacré à l'iconographie rousseauiste que le manque de locaux empêchait d'exposer à Neuchâtel. Il faut donc compléter les statuts, et l'assemblée générale de 1967 décide de modifier le nom de la société qui devient Association des amis de Jean-Jacques Rousseau.

Est-ce ce changement, la diversification des activités, l'achat du portrait de Rousseau, pastel attribué à Maurice Quentin de la Tour ? Toujours est-il que l'association bénéficie d'un nouvel élan. La publication en 1964 du premier fascicule du Bulletin d'information y participe sans doute aussi. L'inauguration du Musée Jean-Jacques Rousseau de Môtiers en 1969 renforcera encore ce mouvement, si bien que le nombre des « amis » se met à croître pour dépasser le chiffre de 300 au début des années 1980. Cette « amicale » développe des activités plus nombreuses : conférences, excursions. Les acquisitions se poursuivent avec plus d'audace (des lettres de Rousseau à Mme de Verdelin, issues de la collection Sacha Guitry, par exemple).

Entre 1967 et 1977 les achats de manuscrits se montent à 50. La constitution progressive d'une riche collection de documents iconographiques va servir à augmenter l'intérêt du musée de Môtiers. Durant cette période également, l'association tente d'étendre son activité aux lieux proches, illustrés par le passage ou la présence de Rousseau, l'île de Saint-Pierre et Yverdon en particulier. Succès mitigé ! De quoi se mêlent ces Neuchâtelois ? La vie de la société se centrera à nouveau sur Neuchâtel.

Troisième et quatrième décennies : rythme de croisière et nouvelle dimension scientifique

Après les longues présidences de Claire Rosselet (1956-1968) et de François Matthey (1968-1980) l'association sera dirigée par un nouveau président tous les trois ans : Frédéric S. Eigeldinger (3 fois), Ariane Brunko-Méautis (3 fois), François Matthey, Jean-Jacques Clémençon. Ils insuffleront un nouvel esprit à la société qui infléchira son activité vers plus de travaux de recherches, plus de publications, et même l'organisation d'un colloque à Neuchâtel en 1992. Cette orientation se traduit en 1993 par un changement de nom : Association Jean-Jacques Rousseau, Neuchâtel. Le Bulletin d'information suit le mouvement et devient Bulletin de l'Association Jean-Jacques Rousseau en 1994. Mais le but premier n'est pas oublié et, aux manuscrits, la Bibliothèque publique et universitaire (BPUN) a pu ajouter 5 boîtes d'un herbier de Rousseau acquises à Londres dans une vente aux enchères en 1979.

En 1982, l'Association contribue à la création d'une « Salle Rousseau » dans le bâtiment de la BPUN à Neuchâtel. La présentation de documents iconographiques et de manuscrits tirés du Fonds Rousseau manifeste clairement la réussite de la collaboration entre l'institution officielle et la société qui la soutient et la stimule de l'extérieur. Les membres du comité sont les artisans de cette réalisation souhaitée déjà par les fondateurs vingt-cinq ans auparavant.

1999-2026 : internationalisation, modernisation et recherche d'un équilibre

Sous les présidences successives d'Ariane Brunko-Méautis (1999-2008), Alain Cernuschi (2008-2017) et Timothée Léchot (2017-2026), l'Association accroît sa visibilité scientifique et patrimoniale à l'échelle internationale, tout en développant ses activités dans la région de Neuchâtel. Lancée en 1999, la Fête d'été de l'Association apporte une touche conviviale à ses activités. Elle est souvent l'occasion de découvrir les expositions temporaires du Musée de Môtiers qui, après François Matthey (1968-2006), est successivement dirigé par Roland Kaehr (2007-2024) et Noémi Duperron (depuis 2024).

Tant au musée qu'à la bibliothèque, les acquisitions se poursuivent avec régularité, non sans générer des inquiétudes d'ordre financier au sein du Comité. Elles comptent l'importante collection iconographique Buffenoir qui arrive à la BPUN en 2004 et qui contribue au rayonnement de l'Association sur le plan patrimonial.

L'Association célèbre son cinquantenaire en 2006, avec un riche programme d'événements et de publications. À son tour, le Musée Rousseau célèbre ses 50 ans en 2019, avec l'exposition « Retrouver la maison de Rousseau ». Cependant, c'est le tricentenaire de la naissance de Rousseau en 2012 qui marque le plus profondément la vie de l'Association. Celle-ci effectue d'importantes recherches de fonds et pilote ou copilote en réseau des projets ambitieux qui comptent un colloque sur Rousseau et Isabelle de Charrière, la création de la Via Rousseau, la rénovation de la promenade Rousseau de Môtiers, le renouvellement de l'exposition permanente du Musée et une exposition sur « Rousseau botaniste » à Neuchâtel. À la même époque (2011), les fonds Rousseau de Genève et de Neuchâtel entrent conjointement au registre « Mémoire du monde » de l'UNESCO.

Pour ses 60 ans, en 2016, l'Association organise un nouveau voyage à Montmorency, Ermenonville et Fontaine-Chaalis. Pour ses 70 ans, elle conduit ses membres sur les traces de Rousseau en Angleterre, rénove en profondeur son site web (qui avait peu évolué depuis sa création en 2009, voir l'ancien site), numérise son Bulletin et accueille à Neuchâtel des journées d'étude sur Rousseau et le Mercure de France. Depuis 2025, elle assume l'hébergement et la maintenance du site Les herbiers de Rousseau, conçu à l'Université de Neuchâtel.

La devise de rousseau
Chapô

L'illustration qui sert de motif à l'AJJR est liée à la période neuchâteloise de Rousseau. Elle est tirée de la page de titre des Lettres écrites de la montagne (1764).

Contenu

Les Lettres écrites de la montagne constituent un écrit polémique que Rousseau rédige à Môtiers entre octobre 1763 et mai 1764, notamment pour défendre son Contrat social contre la condamnation promulguée par le Petit Conseil de Genève en juin 1762.

La formule Vitam impendere vero signifie « consacrer sa vie à la vérité » et vient de Juvénal. Rousseau en avait fait sa devise depuis 1758.

À la fin de sa Lettre à d'Alembert sur les spectacles (1758), Rousseau notait : « Vitam impendere vero. Voilà la devise que j'ai choisie et dont je me sens digne ». L'écrivain latin avait utilisé cette formule dans ses Satires (IV, v. 91), texte où il dénonçait la dépravation des mœurs de son siècle.