La botanique exotique prend une importance considérable au XVIIIe siècle. L’acclimatation d’espèces étrangères dans les jardins d’Europe s’accompagne d’enjeux scientifiques, économiques et politiques majeurs. Face à cet engouement, Jean-Jacques Rousseau adopte une position critique : en tentant de les acclimater sous leurs latitudes, les hommes dénaturent les plantes tropicales. Les plantes transplantées ou transformées par l’homme constituent pour lui des monstres végétaux qui dénotent le profit et l’ostentation, sinon l’aliénation des sociétés modernes. Rousseau leur préfère les espèces indigènes qu’il peut observer dans leur environnement naturel. Le citoyen de Genève fréquente pourtant les jardins exotiques de Lyon et de Paris. Il s’intéresse aux végétaux d’origine lointaine et tente lui-même d’acclimater certaines espèces. Peu de temps avant sa mort, il acquiert un herbier de Jean-Baptiste Christophe Fusée-Aublet qui contient des échantillons issus de Guyane, collection dont la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel conserve aujourd’hui une partie. Cette conférence tentera, à travers la figure de Rousseau, de faire le point sur les tensions qui accompagnent au siècle des Lumières l’exploration et l’appropriation des richesses naturelles étrangères.
Image : Tachia guianenssis Aubl., Neuchâtel, Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel, Fonds Jean-Jacques Rousesau, Herbier Jean-Jacques Rousseau, MsR N.a. 28, II, 15, fo 2, 1. Numérisation : Genève, Conservatoire et jardin botaniques de la Ville de Genève, 2021-220.