Historique de l’Association Jean-Jacques Rousseau Neuchâtel

Première décennie : fondation et quelques grandes acquisitions

En 1956 Claire Rosselet, directrice de la Bibliothèque de la Ville de Neuchâtel, décide des amis, des professeurs, des usagers de l'institution, à se grouper afin d'apporter un soutien à l'acquisition de documents rousseauistes. Elle est préoccupée par le manque de moyens financiers pour compléter le fonds de manuscrits laissés par Rousseau dans le pays après son départ de Môtiers en septembre 1765, conservés précieusement par son ami Pierre-Alexandre DuPeyrou et remis à la Bibliothèque publique de Neuchâtel par les exécuteurs testamentaires de ce dernier, en 1795. Ils créent l'Association des amis de la collection des manuscrits de Jean-Jacques Rousseau conservés à la Bibliothèque de la Ville de Neuchâtel. Le titre est explicite, mais bien encombrant !
Le but de la modeste société est de trouver des fonds pour acheter des manuscrits réapparaissant dans les ventes aux enchères, principalement ceux qui compléteraient les divers lots du Fonds Rousseau. Achetés par l'association seule, ou en collaboration avec la Bibliothèque, ils seront déposés dans le Fonds Jean-Jacques Rousseau de cette dernière. De plus on organisera des expositions pour intéresser les gens à cette collection peu connue du public à cette date. « L'Année Rousseau » (1962) commémorant le 250e anniversaire de la naissance de l'écrivain et le 200e de son installation à Môtiers fut l'occasion d'une importante présentation de manuscrits, éditions et documents iconographiques à Neuchâtel.
L'appui du groupe d'amis prouve son efficacité puisque la Bibliothèque voit sa collection augmenter de quelque 45 manuscrits entre 1956 et 1967, des lettres principalement, plus un fragment du Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (copie corrigée par Rousseau), 44 pages des archives Dupin, et un brouillon intitulé De la Patrie.

Deuxième décennie : création du Musée de Môtiers et nouvel élan

L'Association va développer ses activités en se voyant confier le logis occupé par Rousseau à Môtiers (1762-1765) pour y installer un musée consacré à l'iconographie rousseauiste que le manque de locaux empêchait d'exposer à Neuchâtel. Il faut donc compléter les statuts, et l'assemblée générale de 1967 décide de modifier le nom de la société qui devient Association des amis de Jean-Jacques Rousseau.
Est-ce ce changement, la diversification des activités, l'achat du portrait de Rousseau, pastel par Maurice Quentin de la Tour ? Toujours est-il que le groupement bénéficie d'un nouvel élan. La publication en 1964 du premier fascicule du Bulletin d'information y participe sans doute aussi. Le numéro 50 a paru en 1997 : l'édition en fac-similé de l'Essai sur l'origine des langues, avec une introduction de Jean Starobinski. Il compte actuellement 70 parutions. L'inauguration du Musée Jean-Jacques Rousseau de Môtiers renforcera encore ce mouvement, si bien que le nombre des « amis » se met à croître pour dépasser le chiffre de 300 au début des années 1980. Cette « amicale » développe des activités plus nombreuses : conférences, excursions. Les acquisitions se poursuivent avec plus d'audace (lettres de Rousseau à Mme de Verdelin de la collection Sacha Guitry, par exemple). Entre 1967 et 1977 les achats de manuscrits se montent à 50. La constitution progressive d'une riche collection de documents iconographiques va servir à augmenter l'intérêt du musée de Môtiers. Durant cette période également, l'association tente d'étendre son activité aux lieux proches illustrés par le passage ou la présence de Rousseau, l'île de Saint-Pierre et Yverdon en particulier. Succès mitigé ! De quoi se mêlent ces Neuchâtelois ? La vie de la société se centrera à nouveau sur Neuchâtel.

Décennies suivantes : rythme de croisière et nouvelle dimension scientifique

Après les longues présidences de Claire Rosselet (1956-1968) et de François Matthey (1968-1980) l'association sera dirigée par un nouveau président tous les trois ans : Frédéric S. Eigeldinger (3 fois), Ariane Brunko-Méautis (3 fois), François Matthey, Jean-Jacques Clémençon. Ils insuffleront un nouvel esprit à la société qui infléchira son activité vers plus de travaux de recherches, plus de publications, et même l'organisation d'un colloque à Neuchâtel en 1992. Cette orientation se traduit en 1993 par un changement de nom : « Association Jean-Jacques Rousseau, Neuchâtel ». Le Bulletin d'information suit le mouvement et devient Bulletin de l'Association Jean-Jacques Rousseau en 1994. Mais le but premier n'est pas oublié et, aux manuscrits, la Bibliothèque publique et universitaire (BPUN) a pu ajouter 5 boîtes d'un herbier de Rousseau acquises à Londres dans une vente aux enchères.
En 1982, l'Association contribua à la création d'une « Salle Rousseau » dans le bâtiment de la BPUN à Neuchâtel. La présentation de documents iconographiques et de manuscrits tirés du Fonds Rousseau manifeste clairement la réussite de la collaboration entre l'institution officielle et la société qui la soutient et la stimule de l'extérieur. Les membres du comité furent les artisans de cette réalisation souhaitée déjà par les fondateurs 25 ans auparavant.